ÉCRITURES

 

 « écrire »,  ôter de la matière à de la matière, faire des creux, graver, soustraire au plein un ensemble de vides…

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Corps, abominable vêtement de l’âme, Corps, chair de l’incarnation. Corps, lieu des tentations, Corps dangereux, impur, corrompu, Corps incorruptible du Christ, Corps qui traverse la substance, « Ceci est mon corps. Prenez et mangez en tous ». Cannibalisme institué. Corps absent, enserré dans son rapport indécis à la chair. Corps fantôme / fantasmé / trou noir Corps machine. Corps hybride, corps incorporé de et par la Technique. Corps mutant. Corps transfiguré. Avatars. Corps matériel et immatériel. Corps réel et imaginaire. Corps relatif.

Je cherche un corps. Un corps pour m’en-visager. Je cherche un corps pour défaire l’Histoire, la mienne et celle des autres. Un corps pour faire son absence, pour se soustraire aux Lois. Un corps pour faire le geste impossible. Un corps au delà de sa réalité organique. Un corps au delà du Beau, du Vrai et du Bon. Un corps en deçà de l’Unicité. Je cherche un corps « en devenir ».
Mon corps n’est pas une chose. Mon corps n’est pas une substance, un organisme. Mon corps n’est pas mon instrument. Mon corps m’échappe. Il se transforme à mesure que je marche et comme je marche.

Il se dilue dans l’immensité de mon expérience. Il imprime mon histoire. Il a un territoire. Il sait où et comment se cacher. Il sait le visible et l’invisible. Il mesure ma chute. Il pèse mon existence. Je tombe avec lui, en lui, par lui. Il s’imprime en autrui, par autrui et pour autrui. Il est relation. Il se morcelle, se déforme, se dilate, de désorganise en fonction de. Désirs / Autrui / Monde. Il est mouvement. Il est social. Il est radical. Il est puissance d’agir, puissance de sentir, puissance de désirs.
Mon corps m’expose. Mon corps m’impose le regard. Mon corps s’impose au regard. Mon corps informe ma présence. Mon corps me (per)forme. Il est multiple, oblique, transversal. Il différencie. Il conjugue. Il distend. Il agence. Il habite. Il profane. Il est nomade. Il est protéiforme.

Il prend forme. Il prend Corps en forme d’anté-corps. Il prend forme d’un trait d’union.

Il est la matière, la chair hétérogène, tissu d’entrelacs réversibles.

Il creuse l’espace «liminal». Il est le lieu et le non Lieu.

Sandrine Julien, le 27 mars 2014