CECI EST MON CORPS

Le projet « CECI EST MON CORPS » s’inscrit autour de la notion de « Performance(s) » sous deux modalités d’entrée : l’une concerne le rapport au Corps (corps « performant » et « corps matière »), l’autre concerne la performance comme exposition du corps pris dans l’expérience du dispositif « Cube » (espace, lieu et regard).

Comment mettre à l’épreuve le caractère réel, fictionnel et politique propre aux corps du contemplateurs et du contemplé dans le processus même de la performance (écriture et acte). Qu’est-ce que je regarde ? Qui ? Où ? Quand ? Comment ?

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Le postulat de l’espace de la performance est un cube (ouvert au sol et en haut) dont les parois seraient habillées de telle sorte qu’elles puissent ouvrir à la vue ou au contraire occulter ou gêner la vue si bien que le corps dansant à l’intérieur serait parfois totalement exposé sans pouvoir échapper au regard ou bien saisit par « le bout de la lorgnette » par le « contemplateur » qui devra chercher ou se baisser, se déplacer ou bien encore trouver et se laisser prendre par le désir de « voir à tout prix ».

Toutefois, l’idée du « Cube » est à considérer comme la « matrice originelle » dont il ne faudrait jamais trouver la réalisation concrète et absolue ; ce sont les modulations, transformations, chemins et autres simulacres de l’objet qui fondent le travail
La performance est pensée pour une durée minimale de trois heures de manière à osciller entre la sur-exposition, la sous-exposition, la transformation et d’éprouver l’endurance des corps qui scrutent, regardent et finissent par opérer une danse à l’extérieur du dispositif. Le projet est une « exposition plastique et chorégraphique », potentiellement protéiforme et évolutive dans l’endurance des trois heures de la performance.

Le projet a engagé un processus de recherche sous forme de MODULES où les notions de corporéités dansantes et de dispositif sont questionnées, mises à l’épreuve afin de définir les écritures chorégraphiques et plastiques les plus en proie aux métamorphoses liées aux espaces.

 

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« Le ballet blanc ou le viol des consciences » (premier module d’écriture), Ombrière-Vieux Port/ Marseille, mars 2014

Corps « Performant » :

Celui qui se prostitue pour être, qui dévore l’autre voire s’auto-dévore. Il joue, se montre, s’expose. Il est représentations, il n’existe que dans le désir de l’autre. Il est emprunt des gestus et habitus de sa culture. Il ne sait pas qu’il est un corps, il croit qu’il a un corps, il a une idée de son corps. Il pense être un homme, un femme. Il est le personnage de sa propre narration. Il est auteur, narrateur, protagoniste de sa fiction réalité. Il double sa présence. Il redouble sa représentation. Il se masque. Il n’a pas de visage. Il est nul part. Il est corruptible. Il attend une transfiguration. Il est n’est pas incarné. Il attend. Il est englouti dans son opposition à l’âme, à la chair. Il ne fusionne pas. Il est extérieur, il trahit l’intérieur. Il est travaillé, maîtrisé, purifié. Il actualise et répète sans cesse son existence. Il est un temple. Il ne s’appartient pas. Il n’a pas de monde, pas de territoire.

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« Nous sommes tous des joueurs », Petit plateau/Friche Belle de Mai, mai 2014 (deuxième module d’écriture)

Corps « matière » :

Celui qui ne trompe pas. Il est là. Il n’est personne. Il manifeste sa présence à son corps défendant. Il n’a pas de culture, de philosophie. Il n’appartient pas. Il n’a pas de frontière. Il est infra-verbal. Il a un monde, un territoire. Il n’a pas besoin d’avoir pour être. Il n’a pas besoin de savoir(s) pour être. Il n’est pas évident. Il s’apprivoise. Il s’approprie.


« Profane », R zéro/Friche Belle de Mai, juin 2014 (troisième module d’écriture)

Ces corporéités dansantes forment le creux, l’envers de la chorégraphie. C’est parce qu’elles ne sont pas présentes tout le temps, naissent et s’évanouissent, sont au bord de faire sens qu’on les voit sans les voir qu’elles creusent, à mesure des temps et des lieux, la réalité des corps en présence. Elles questionnent notre auto-fiction, notre degré d’acceptation à jouer, à se jouer (voire à se prostituer) ou bien encore à jouer à se prostituer. Elles dé-figurent les rôles, les places et les fonctions des individus en présence. Elles forment et informent la chorégraphie. Elles en sont le négatif.

Remerciements :
Barbara Sarreau, Alix Denambride, Damien Galmiche, Toons, Radio Grenouille, Marie Vayssière pour leurs soutiens et regards extérieurs ; Ballet National de Marseille, Ballet Prejlocaj/Pavillon Noir, Klap, Maison pour la danse pour les prêts de studios ; Redplexus et La Friche Belle de mai.