MAUVAIS OEIL

choupi oeilbouche copier

Pièce pour 1 danseuse et plusieurs unités d’espace et de temps.

Trois tableaux composent la pièce : le premier, « Figure » est au plateau dans une exposition frontale du corps ; le second, « Méta-morphoses » est en extérieur sur un promontoire et enfin le dernier, « Miroir » est en intérieur dans un carré d’écrans et présente des « images augmentées » des deux premiers tableaux et filme en directe les corps en présence.

Cette proposition travaille spécifiquement à partir de la « Figure de Méduse », tantôt le Monstre, tantôt ce que l’on ne peut regarder et tantôt le masque qui dissimule la personnalité et reflète la vraie nature (de soi, de l’autre). Le déploiement de la figure de Méduse est intriquée à la partition musicale de Rachmaninov, L’île des morts1, poème symphonique oscillant entre sombre résignation, nostalgie, thème de vie et protestation rageuse à l’impossibilité d’échapper à la mort.

Il est donc question de l’Autre, de Désir, de Regard, de Moi et de Corps…le mien, le vôtre, le nôtre…quelles sont ses frontières ? Jusqu’où va-t-il ? Existe-t-il uniquement dans le regard de l’autre, et donc, uniquement pour ce qu’il suggère ? Et qu’est-ce « mon corps » ?

MAUVAIS ŒIL est né suite à une première expérimentation à l’occasion du Préavis de Désordre Urbain 2015/Marseille. Sandrine Julien a conçu ce projet dans la continuité des questionnements initiés avec le projet CECI EST MON CORPS autour du corps, de la (re)présentation et de l’archive. Intitulé MAUVAIS ŒIL, ce projet tente de décrypter les paradigmes identificatoires et formels du corps, ou autrement dit comment penser, éprouver, répondre aux questions posées par la trinité Personne/Individu/Identité.

Extrait « FIGURE, une étrange étrangeté de l’être »

L’île des morts/Rachmaninov, puissance de son puis silence, un temps…

Une lueur au lointain laisse apparaître une ‘forme’ blanche. Petit à petit, cette lueur s’étend et laisse entrapercevoir une silhouette. Elle se met en mouvement dans une continuité « hypnotique » et toujours dans un silence profond. Et pourtant, nos sens sont aux aguets ; Ils repèrent le moindre son d’un pas au sol, le moindre souffle, la moindre respiration, scories de la scène ou de la salle, qui marquent notre nature animale.

Une accumulation, une production continue, une surimpression des gestes qui donnent un vertige, une sensation d’attraction/répulsion, qui perturbent notre attention, qui usent notre patience et qui travaillent nos corps immobiles tout droits tendus vers la scène où le temps semble se dilater encore et encore.

Une structure réglée avec les accidents imposés par les allers et venues de la musique, continuité, répétitions et interruptions : Que voyons-nous ? Est-ce un corps humain ou tout autre matière organique amplifiée par les jeux de lumières, scrutée, radiographiée au centuple par la présence de miroirs et portant au regard l’infiniment petit ?

Conception et Artiste chorégraphique Sandrine Julien

1L’île des Morts, Op. 29, Rachmaninov ; Orchestre Royal du Concertgebouw d’Amsterdam, Dir. Vladimir Ashkenazy.