Corps&Société, Corps performant/Corps matière

PerfSJ

Les questions sont : comment le corps est-il travaillé, façonné, construit, objectivé ? Est-il uniquement subordonné aux désirs des uns et des autres, n’existant que pour ce qu’il suggère ? Jusqu’où alors va la séduction ? Est-il une «monnaie-vivante» (Klossowski)? Le corps est-il toujours un mot, une image, un idéal, un lieu d’oubli ou bien un lieu de débordement, un corps désirant, transgresseur de limites, infini (version Bataille, Artaud, Deleuze) ? Il semble que le corps de l’homme se dilue dans la Technique (au sens le plus large), il s’auto-abolit, s’auto-digère, s’auto-dévore dans un ensemble péri-humain. Par extrapolation, on assiste à un engendrement de cannibalismes de substitutions individuels et collectifs qu’ils soient marchand, fictionnel, symbolique et politique. Il s’agit de considérer le cannibalisme comme une métaphore de la relation que nous avons au corps et à la chair et en ce sens, d’interroger la place du corps, sa ou ses définition(s), ses modes d’appropriations et d’existences.

La recherche chorégraphique est donc centrée sur la coexistence de deux corps, l’un qualifié de « performant », qui serait le corps répondant aux (re)présentations tous champs confondus ; l’autre, désigné comme « corps matière » qui serait le refuge archaïque, utopique et à la fois, la trame d’une certaine absence.

Les corporéités dansantes forment le creux, l’envers de la chorégraphie. C’est parce qu’elles ne sont pas présentes tout le temps, naissent et s’évanouissent, sont au bord de faire sens qu’on les voit sans les voir qu’elles creusent, à mesure des temps et des lieux, la réalité des corps en présence. Elles questionnent notre auto-fiction. Elles dé-figurent les rôles, les places et les fonctions des individus en présence. Elles forment et informent la chorégraphie. Elles en sont le négatif.